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Quand on parle "jeûne", les militants répondent souvent par "risques", "sacrifices" ou image morbide. Ces mêmes militants sont pourtant les mêmes à s’enthousiasmer lorsqu’avec quelques autres nous grimpons tout en haut des grues ou des tours de refroidissement.
Cet enthousiasme pour des actions spectaculaires va peut-être me permettre de préciser les différences qui existent entre une grève de la faim et un jeûne à durée indéterminé.
La grève de la faim pourrait s’illustrer par une personne énervée qui, souvent sans préparation, monte sur un coup de tête sur la flèche d’une grue et menace de sauter dans le vide. Elle menace et menace encore, et non seulement elle sautera peut-être si on ne l’entend pas, mais elle risque de chuter par simple énervement ou inattention. Elle joue avec la mort.
Le jeûne à durée indéterminé est au contraire une action soigneusement préparée. Nous avons bien repéré où était la grue, comment on pouvait s’y installer. Nous avons averti médias et autorités de l’occupation de cette grue. Nous y sommes montés calmement et prudemment. Nous avons emmenés des baudriers et des cordes de rappels pour nous prévenir d’une chute possible. Malgré toutes ces précautions, un accident reste bien sûr toujours possible. Nous resterons sur la grue aussi longtemps que nous le pourrons. Nous ne négocierons pas directement avec ceux d’en bas : n’étant pas isolés, nous bénéficierons du relais à terre de nombreux militants. Lorsque nous sentirons que nos forces nous quittent et que nous pouvons tomber, nous redescendrons de la grue. Nous sommes des amoureux de la vie.
Michel Bernard. Silence, juin 2002