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La nouvelle centrale de Fessenheim était sur le point de démarrer malgré que 49 municipalités et 100 associations régionales aient demandé les garanties élémentaires suivantes (sans aucunement les obtenir) :
Une commission de contrôle avec élus et associations
La publication du plan Orsec Rad
Des exercices d’alerte et d’évacuation
La consultation par les élus des populations sur l’acceptation ou non des risques.
En conséquence de quoi, Solange Fernex envisage de se lancer dans un jeûne illimité.
Antoine, un de ses fils qui se sent très concerné par cette idée rassemble quelques étudiants de Strasbourg qui sont partants pour cette action.
Cinq personnes de moins de 20 ans, et deux plus âgées (dont Solange Fernex), commencent le 10 février 1977 un jeûne illimité.
Pour éviter d’interminables discussions avec parents et dirigeants d’associations, ils ont choisi de les mettre devant le fait accompli. C’est donc par une conférence de presse à Mulhouse
(le jour même du début du jeûne) que tout le monde apprendra la nouvelle.
Leur lieu de jeûne, trouvé in extremis : Une maisonnette en pleins champs au bord du canal prêtée par les jeunes pour la Nature ; car toutes les salles communales et mairies autour de Fessenheim leur ont été refusées.
Les premiers jours, les jeûneurs sont fébriles : Ils envoient des milliers de lettres, répondent au téléphone, reçoivent la presse, les visiteurs et les gendarmes . Ce n’est qu’au sixième jour qu’ils arrivent à rédiger un tract pour expliquer leur action : Que leur jeûne n’est pas fait pour contraindre mais pour impulser.
Dès lors, tout s’accélère. Dès le deuxième week-end du jeûne, il y a des jeûnes de soutien dans 20 villages de la région.
Douze jours après le début du jeûne, le président du conseil général vient les voir. Et le lendemain, une délégation est reçue par le préfet qui annonce la mise sur pied d’une commission de contrôle mais rejette les autres points.
Le jeûne continue.
Le 27 février matin, des marguerites blanches géantes (symbole de la lutte anti-nucléaire à cette époque) ont fleuri à tous les carrefours de toutes les routes d’Alsace.
Les comités de lutte appellent à une marche sur Colmar et Strasbourg.
Le préfet refuse de recevoir une nouvelle délégation et exige que l’un des jeûneurs encore mineur (17 ans et demi) cesse son jeûne avant de les recevoir.
Ce jeûneur mineur appelle à la préfecture pour savoir s’il y a de nouveaux éléments pour cette future rencontre ; devant une réponse négative, il décide de continuer le jeûne.
Un conseiller général affirme en réunion que les jeûneurs prennent quand même un repas par jour. L’équipe médicale réagit en publiant un communiqué certifiant qu’il n’y a aucune prise de nourriture ; et qu’au contraire, les signes de dénutrition deviennent évidents.
Le conseil général réunit une commission spéciale pour étudier les moyens de soustraire le "mineur" au jeûne . L’un des médecins accompagnant les jeûneurs (et père du mineur) fait faire une analyse spéciale à l’université de Strasbourg qui montre que l’état de santé de ce jeûneur n’est pas plus grave que les autres .
209 pasteurs et curés signent un appel dans la presse pour appuyer les jeûneurs.
Le CSFR, principale association anti-nucléaire régionale, fait paraître un encart publicitaire le
2 mars dans les principaux journaux alsaciens appelant à des marches sur Colmar et Strasbourg le 5 mars.
Des départs groupés sont organisés à partir des principales villes ; et de nombreux manifestants s’adressent en ces termes aux jeûneurs : " Vous avez suscité une insurrection des consciences contre le terrorisme nucléaire. Je m’engage à participer activement à l’action non-violente contre la nucléarisation de la plaine du Rhin. J’ai entendu votre appel. Réalimentez-vous !"
Suivi de leur signature et adresse.
En plus de cette pression, l’inquiétude des parents grandit fortement ; et l’équipe médicale a avisé les jeûneurs de leur imminente hospitalisation à Colmar (les lits sont déjà réservés).
Ils décident donc de s’arrêter le 7 mars 1977 après 23 jours de jeûne.
Dans les mois suivants, de nouveaux groupes anti-nucléaires naissent dans le département, un pylône est occupé, Radio Verte Fessenheim commence à émettre.
Malgré que EDF a démarré la centrale presque tout de suite après l’ arrêt du jeûne, la résistance a repris force et courage.
Mais pas pour très longtemps. Et Antoine, un des jeûneurs, reconnaîtra plus tard qu’en fait c’était le jeûne qui avait servi de force centrale pour ce nouveau mouvement qui aurait pu s’amplifier considérablement si le jeûne s’était prolongé (Solange Fernex et Lucien Jenny
– un soutien très actif du jeûne – partageront aussi cet avis).
Et Antoine ajoute : "A tous ceux qui auront à jeûner contre le mensonge, la violence, l’inhumanité, j’aimerais dire … qu’une de leurs qualités principales devra être la fermeté de leur décision et la confiance dans leurs arguments.
Ils doivent également savoir que la valeur d’un jeûne (politique) n’existe que si celui-ci est connu dans le champs le plus vaste possible ; et que s’il sert comme soutien aux arguments que chacun(e) devra confirmer et développer pour qu’ils les poussent à l’action personnelle."
Résumé par André Larivière à partir des compte-rendus de
Solange Fernex, Antoine Fernex et Lucien Jenny.