En 1981, lors d’un jeune contre la double peine à Lyon, les trois jeûneurs (des trois principales religions) ont obtenu la promesse de Mitterrand de supprimer la double peine (ce qui fut fait fin 1981 mais rétabli par Pasqua en 1986).
Ce jeûne bénéficiait du soutien de la Cimade, un réseau œcuménique très présent sur la question des immigrés. Cette association est l’une des rares au niveau national à pouvoir intervenir dans les zones de rétention des aéroports, pour rencontrer les personnes en difficulté que les autorités soit ne veulent pas laisser rentrer sur le territoire, soit qu’ils veulent expulser.
Le jeûne a été longuement préparé à l’avance. Un comité de soutien de personnalités était prêt avant le début du jeûne, et des fonds avaient été collectés également à l’avance.
Le jeûne a commencé dans des locaux proches de l’université Lyon II (le centre chrétien universitaire) avec une administration du jeûne un peu plus loin dans des locaux militants. Le jeûne a commencé une quarantaine de jours avant le premier tour.
Des contacts avaient été pris bien avant le jeûne avec les Etats-Majors des différents partis politiques pour leur annoncer la revendication du jeûne. Cette revendication était très ciblée : l’abandon de la double-peine. Cette double-peine concerne les immigrés qui lorsqu’ils sont condamnés pour un délit ont deux peines : une peine d’emprisonnement puis une expulsion du territoire. Cela est particulièrement nuisible pour les jeunes Beurs qui le plus souvent sont nés ou sont venus jeunes en France et qui se retrouvent expulsés dans le pays de leurs parents dont souvent ils ne parlent même pas la langue.
Dès le début du jeûne, plusieurs dizaines de comités de soutien étaient en place un peu partout en France.
Du fait de l’engagement religieux (un curé, un pasteur, un imam), l’église a relayé l’action et les campagnes de pression. Chaque groupe local était invité à faire des actions symboliques sur le sujet pour interpeller les autorités.
Des publicités ont été publiées pour marquer les 10, 20 et 30e jours du jeûne, dans
Le Monde. Ces publicités ont marqué les esprits de ceux qui ne s’intéressaient alors pas à cette question au départ jugée mineure dans le cadre d’une campagne présidentielle.
Assez rapidement, des représentants des partis politiques sont venus apporter d’abord des soutiens individuels, puis pour négocier. Finalement après 30 jours, Mitterrand, candidat alors d’opposition, en personne a promis l’abolition de la loi, ce qui a provoqué l’arrêt du jeûne.
Ce jeûne a été un succès pour les raisons suivantes :
- un choix des jeûneurs symboliquement fort,

un réseau de soutien fort bien constitué, efficace dès le début de l’action,

une revendication finement ciblée,

une bonne communication,

de bonnes ressources financières.
Malgré ce succès et la mobilisation des Beurs au début des années 80, le retour de la droite au pouvoir en 1986 a provoqué le rétablissement de la double-peine... que la gauche au pouvoir à partir de 1988 n’a pas cru bon de supprimer à nouveau. La mobilisation ne s’est pas non plus cristallisée à nouveau sur ce sujet.