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Bien sûr, le jeûne politique n’a rien d’une panacée mais s’il est conduit en réunissant les conditions optimales pour énoncer avec force et clarté une vérité urgente et un besoin flagrant de justice, ce mode d’action spécifique peut :
• être une force pour des gens pauvres et sans pouvoir,
• s’avérer être un puissant levier des consciences,
• catalyser et faire apparaître au grand jour l’évolution des mentalités,
• susciter une nouvelle génération militante de par l’exemple d’un engagement profond et d’une grande sincérité.
Tout aussi dépend de la manière, de l’objectif et du statut des jeûneurs.
La manière
Si dès le début, on lance un ultimatum dur du genre "Nous entamons une grève de la faim jusqu’à la mort à moins d’obtenir...." , la tension est plus forte et le risque plus grand. Il y a moins de place pour la négociation et le compromis. Succès total ou échec total ; ça passe ou ça casse. Une détermination inflexible qui ne garantie pas pour autant l’efficacité de cette sorte de jeûne.
A l’inverse, le jeûne à durée indéterminée lance plutôt un ultimatum "souple" et négociable tout en évaluant, au fur et à mesure que le jeûne avance, s’il est stratégiquement utile et efficace de continuer. L’interpellation est une part déjà importante des résultats escomptés. L’efficacité ne se mesure pas qu’à l’aune des décisions arrachées mais aussi en considérant à quel point le message est passé et la mobilisation réussie. Et un bon compromis qui oblige les autorités à faire de vrais pas dans la direction désirée peut être considéré comme un relatif succès.
Dans l’histoire des jeûnes politiques, il existe aussi, en des moments exceptionnels, des manières "gagnantes" de jeûner. Ainsi, vers 1775 les colonies américaines (Virginie, Rhode Island, Massachusets) qui se libéraient, organisèrent des jeûnes d’une journée auxquels la plupart des citoyens participèrent pour protester contre la répression anglaise. Donc, jeûnes très brefs mais avec une vraie masse de gens.
Dans notre cas, tout au long d’un jeûne à durée indéterminée que mènera un groupe limité de jeûneurs, nous proposons plutôt de faire chaque vendredi soir des "repas de protestation". Il existe de nombreux groupes qui savent organiser ce genre de repas sur la base des "repas de quartier" (voir fiche comité local) et c’est sans doute plus convivial que de jeûner.
L’objectif
Un grand jeûne politique fait connaître une cause et interpelle. Il suscite prises de position et passages à l’action.
Et en ce sens, il catalyse l’évolution des mentalités. Si tel est le principal objectif d’un jeûne : oui , il s’avère généralement efficace. Un jeûne sur la question du nucléaire devrait permettre de révéler l’écart qui existe entre une population prête à sortir du nucléaire et des députés qui, à part quelques Verts, sont toujours persuadés de l’avenir du nucléaire.
Mais puisque le jeûne politique très souvent, à la fois, exerce une pression sur certaines autorités pour arracher une ou des décisions, son efficacité est très variable et dépend de nombreux facteurs tels l’organisation proprement dite du jeûne, l’ampleur du soutien militant et populaire, le statut et la notoriété des jeûneurs, le contexte socio-politique, l’imminence du point de bascule, l’occurrence en simultané avec d’autres grands événements, etc.
D’une manière générale, plus l’objectif est vaste et global (ex : désarmement mondial), plus le jeûne demeurera, qu’on le veuille ou non, au niveau de l’interpellation.
Un objectif limité et précis (ex : le jeûne de Louis Lecoin au début des années soixante pour obtenir — avec succès — le droit à l‘objection de conscience en pleine guerre d’Algérie) est plus susceptible d’être atteint ; avec le risque d’un sentiment d’échec plus cuisant si on n’y parvient pas.
Le statut d’un jeûneur
Imaginons qu’un pape (moins fragile que l’actuel) ou un dalaï-lama — tous deux lassés des belles paroles et des vœux pieux — entame un jeûne à durée indéterminée l’un pour la paix mondiale, l’autre pour la liberté au Tibet. Cela aurait l’effet dès les premiers jours d’un tremblement de terre. Cela provoquerait de nombreuses réactions en chaîne et pourrait avoir des conséquences incalculables (mais il semblerait qu’il ne faut pas trop espérer des institutionnels, même quand on les dit saints).
Tout cela pour dire que la notoriété du (des) jeûneur(s) peut faire la différence et changer la donne. Ainsi, dans le cas du jeûneur "notoire", on parlera partout du jeûne après quelques jours plutôt qu’après quelques semaines. La notoriété est un accélérateur de l’action.
Ceci dit, d’honnêtes citoyens très motivés avec de bons réseaux de contacts peuvent aussi tenter l’aventure du jeûne politique et obtenir des résultats valables.
Par contre, le statut de prisonnier est probablement l’un des plus difficile et dangereux pour jeûner. Combien de militants de l’IRA, après Bobby Sand, sont morts de faim dans les prisons britanniques ? Combien de jeûneurs kurdes sont décédés dans les prisons turques ? Comme si le prisonnier était une sorte de sous-citoyen (sinon de sous-homme) qui mérite très peu de considération et d’attention de la part des autorités (et même du public) et qu’on peut laisser mourir sans grand problème de conscience.
A moins qu’on décide de le nourrir de force... cela se produit aussi dans les prisons. Malgré tout, certains prisonniers — en désespoir de cause — choisissent quand même de jeûner pour obtenir un droit à la parole que, par ailleurs, on leur dénie totalement. Et par cet ultime moyen, ils parviennent encore de temps en temps à obtenir quelque chose.