VIVRE SANS NUCLEAIRE
Jeûne à durée indéterminée contre
la reprise du programme nucléaire civil à partir du 21 juin 2004.
Arreté au 36ième jour de Jeûne (26 juillet 2004) .
J36

SORTIR DU NUCLEAIRE : LES MOYENS EXISTENT !

 

Le scénario de sortie du nucléaire présentée ci-dessous est une contribution au débat. Il s’agit d’une fiche de synthèse rédigée par Alain Dorange de la Commission Energie des Verts. Ce scénario se base sur l’hypothèse des moyens à mettre en ¦uvre pour une sortie du nucléaire en 25 ans suivant les calculs de l’INESTENE (*). Suite à la décision de la dernière Assemblée générale du Réseau, un groupe de travail s’est constitué pour travailler sur le projet d’un livre blanc "Pour une sortie urgente du nucléaire". Si vous souhaitez y participez, prenez contact avec Jean-Pierre Morichaux (forumpu.jpm@wanadoo.fr).

(*) Institut d’Evaluation des Stratégies sur l’Energie et l’Environnement en Europe 5, rue Buot 75013 Paris.

Présentation du problème Sortir du nucléaire c’est trouver une alternative à la production d’électricité avec les contraintes suivantes : … Répondre à la demande telle qu’elle est définie par le Commissariat au Plan, d’une manière économiquement viable. … Etre compatible avec un développement durable (production de déchets, impact sur le changement climatique). Avec ou sans nucléaire, le respect de nos engagements internationaux pour les émissions de gaz à effet de serre ne peut s’envisager qu’avec une politique de réduction importante des émissions dans le domaine du transport et de l’habitat. … Ne pas faire appel à des sources d’énergie n’ayant pas atteint le stade industriel … Sortir du nucléaire en fermant progressivement les réacteurs qui ont atteint 25 ans d’age, en commençant par FESSENHEIM en 2002 pour finir en 2025 avec les centrales nucléaires de CHOOZ et de CIVAUX.

La consommation d¹énergie électrique brute en 1997 (en tenant compte des 29.8 TWh de pertes dues au transport et à la distribution) a été de 410 TWh (TéraWatts = mille milliards de Watts). Dans le cadre du scénario S1 du Commissariat général au plan la demande en électricité augmenterait en moyenne de 1.4% d¹ici 2020 soit une consommation évaluée à 528 TWh. Dans le scénario socio-environnemental on aurait une demande de 426TWh.

Les propositions Trois solutions complémentaires : L’efficacité énergétique (les économies, la cogénération), le développement des renouvelables, le recours aux énergies fossiles (le gaz surtout) à travers les technologies les plus performantes. 1) Réduction des exportations 65 TWh 2) Economie électricité thermique 129 TWh 3) Economie électricité spécifique 86 TWh 4) Production hydroélectrique 80 TWh 5) Production éolienne 47 TWh 6) Bois électricité 14 TWh 7) Cogénération industrie 40 TWh 8) Cogénération habitat 30 TWh 9) Turbines à gaz (CC et aéronautique) 89 TWh 10) Matériaux et recyclage 5 TWh Total 585 TWh

ANALYSE ET COMMENTAIRES SUR LES DIFFERENTES SOLUTIONS DE REMPLACEMENT DU NUCLEAIRE

1) Exportations : Nous exportons 65.3 Twh/an (13.5% de notre production totale) vers l¹Italie, l¹Allemagne, l¹Angleterre (25% chacun), la Suisse (13%), la Belgique, l¹Espagne et Andorre pour le reste. Ces contrats peuvent ne pas etre renouvelés. Le prix de vente est inférieur au tarif consenti aux industriels. Les pertes financières sont au moins de 5 milliards de F/an 2) Economies (thermique) : A la fois rationaliser l¹utilisation de l¹énergie et minimiser les pertes des systèmes qui transforment l¹énergie primaire pour la satisfaction d¹un besoin donné (ici chauffage et eau chaude sanitaire). Dans le neuf et le tertiaire réglementation plus stricte (gain entre 20 et 30%), isolation et rationalisation de l¹usage pour l¹eau chaude sanitaire (7TWh/an), réhabilitation dans l¹ancien (8TWh/an dans le tertiaire, 10,4 Twh dans l¹habitat). Programme solaire thermique (ECS et planchers solaires directs) avec 25% des logements construits d¹ici 2020 plus la production d¹ECS dans l¹ancien (2 millions de logt). Cela correspond à 5.4 TWh. Application des concepts de l¹architecture bioclimatique pour réduire la demande (orientation, isolation etc...). Substitution du gaz à l¹électricité pour le chauffage. En fin de scénario, il reste 640 000 maisons chauffées à l¹électricité contre 2.000.000 aujourd¹hui (économie d¹électricité de 24 Twh). Au total en 2020, 129 TWh d¹économies. 3) Economies (électricité spécifique) : Ce sont les économies d¹électricité dans les secteurs où elle est irremplaçable (hors chauffage donc). Ces économies sont immédiatement réalisables par des gains d¹efficacité énergétique dont le potentiel est actuellement considérable : 58% dans le résidentiel, 42% dans le tertiaire, 25% dans l¹industrie. Les mesures à envisager : amélioration de l¹offre d¹équipement, nouvelles normes, intervention sur les mécanismes du marché (notion de centrale virtuelle). On inclue la production des toits photovoltaïques dans ce paragraphe car ils n¹entraînent pas de pertes sur le réseau. On envisage 680 000 toits solaires en 2020. A noter l¹énorme économie de 18 TWh provenant de l¹arrêt de l¹usine d¹enrichissement de l¹uranium de Pierrelatte devenue inutile en fin de scénario. Au total 86 TWh économisés en 2020. 4) Production hydroélectrique : Elle représente aujourd¹hui 67 TWh. Cette production ne varie pas sensiblement car il n¹existe plus en France de site important non équipé. Seule la microhydraulique est encore mobilisable. Production de 80 Twh en 2020. 5) Eolien : Nous avons retenu au début ce qui était prévu dans le plan Eole 2005 et les scénarios du Plan. La production augmente ensuite avec l¹apparition des centrales offshore. En 2020 la production éolienne atteint 47 Twh, les 2/3 de l¹hydraulique. Secteur fortement créateur d¹emplois décentralisés (27 emplois créés pour chaque million d’euros investis). 6) Bois : Il s¹agit d¹une production électrique en cogénération dans des réseaux de chaleur. En fin de période (2020) la production est de 14 TWh avec des turbines à vapeur . 7 et 8) Cogénération habitat et industrie : Dans une machine thermique ordinaire une partie seulement de la chaleur fournie est transformable en travail (électricité) le reste est rejeté. Dans la cogénération on récupère cette chaleur pour le chauffage. le rendement de 33% d¹une machine à vapeur passe alors à 60%. A court terme le gisement identifié est entre 40 et 52 TW dans l¹industrie. A plus long terme 2020, la cogénération dans l¹habitat chauffé au gaz représente un gisement de 30 TWh. Actuellement on voit apparaître des unités de production de quelques kW qui seront peut être rapidement remplacées par des piles à combustible. 9) Turbines à gaz à cycle combiné : Une première turbine transforme la chaleur de combustion du gaz en électricité et rejette de la chaleur qui est utilisée dans un second étage (turbine à vapeur). Le rendement atteint 57%. 89 TWh en 2020. 9) Turbines à gaz dérivées de l¹aéronautique. : Ce sont des turbines dont le rendement atteint 45%. Elles fonctionnent uniquement pour les pointes à proximité des lieux de consommation (éviter les pertes en ligne). Leur production totalisée sur une année est faible. 10) Matériaux et recyclage : Cela correspond à des économies d¹énergie réalisables dans l¹industrie par l¹abandon de certains procédés de fabrication et la limitation des besoins de production par le recyclage (aluminium par ex). Economie de 4.7 TWh en 2020. 11) Energie de pompage. : Certains réservoirs (barrage de Grandmaison) peuvent être remplis par pompage. Ils consomment ainsi de l¹énergie électrique qu¹ils peuvent restituer à la demande. C¹est un des rare procédé efficace de stockage de l¹énergie électrique.

Alain Dorange (adorange@wanadoo.fr) Article paru dans la revue "Sortir du nucléaire" de juin 2002 - Réseau "Sortir du nucléaire"

jeudi 3 juin 2004.