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Midi Libre : Les détracteurs de l’éolien mettent en exergue l’aspect très aléatoire du moyen de production et son coût prohibitif. Qu’en dites-vous ?
Jean-Michel Germa : l’énergie éolienne fait partie des choix de société, avec son environnement et son économie. De grands pays industriels comme les Etats-unis, l’Allemagne ou l’Espagne ont fait le choix éolien, en lui donnant une place conséquente.
Entre 1995 et aujourd’hui, il s’est construit dans le monde 40 000 MW de puissance éolienne, avec 140 000 emplois à la clé. Tout cela correspond à la consommation de 30 millions de ménages européens. Dans le même temps, il n’y a eu que 1 500 MW supplémentaires en nucléaire, avec pas mal de pertes d’emplois.
De son côté, la France continue à faire croire que l’éolien est cher. Et les gens qui s’opposent à ce moyen de production oublient que le facteur d’intermittence est hautement prévisible.
Il faut savoir que plus une énergie est décentralisée, plus elle crée d’emplois. L’éolien crée cinq fois plus d’emplois par kilowattheure que le nucléaire. En France, l’installation de 1 500 MW a généré 1 500 emplois dont un tiers dans la région.
Comment expliquez-vous le retard français ?
Il y a la France d’en haut et celle d’en bas. Cette dernière comprend notamment les élus locaux dont je me loue de l’intégrité. Contrairement à ce que l’on peut entendre de la part des anti éolien, les élus ruraux ne sont pas circonvenus ! Ils veulent voir ce qu’on leur propose. Et nous disent qu’ils n’ont pas vu l’ombre d’un investissement depuis l’exode rural. La perspective d’un développement industriel, raisonné et local ne les laisse pas insensibles. De surcroît, 80 % des enquêtes publiques sont favorables
Dans les ministères, sur les bancs de l’Assemblée nationale et du Sénat, on trouve la France d’en haut. Celle des gens qui ne jurent que par un système d’énergie centralisée et défendent le corporatisme des acteurs du nucléaire. Ces derniers (EDF, Areva, le CEA, la Cogema) défendent leurs intérêts. C’est de bonne guerre ! Nous sommes effectivement dans une bataille commerciale. On souhaiterait pouvoir s’exprimer à armes égales avec les autres formes d’énergie.
D’aucuns reprochent un développement anarchique de l’éolien. Votre avis ?
C’est inacceptable d’entendre cela. Nous travaillons dans un cadre légal et juridique très strict. On ne peut transgresser le choix des élus. Pas plus que l’on peut soudoyer les maires puisque c’est le préfet qui délivre le permis de construire. L’enquête publique est de rigueur et il faut satisfaire au code de l’urbanisme. Vous savez, c’est aujourd’hui plus facile de construire un supermarché que trois éoliennes !
Néanmoins, il arrive fréquemment que les préfets ne jouent pas le jeu et n’appliquent pas la loi. En 2003, 90 % des permis de construire ont été refusés. Il faut quelquefois les redéposer deux ou trois fois. Cela se termine parfois au tribunal administratif et l’on observe qu’il se crée de la jurisprudence en faveur de l’industrie éolienne. A la "Compagnie de vent", on a des centaines de mégawatts en souffrance depuis deux ou trois ans.
En outre, on assiste à des épisodes un peu curieux. Ainsi, une polémique s’est fait jour après la chute d’éoliennes dans le nord. Le Préfet a-t-il pensé au principe de précaution à mettre en place face au risque terroriste et à une attaque aérienne sur une centrale nucléaire ?
Tout cela compromet-il l’avenir de la filière ?
Si la France n’a pas d’industrie éolienne, c’est parce qu’elle n’en a pas voulu. En 1998, la Compagnie du vent employait 5 personnes à Montpellier. Depuis, nous avons créé 50 emplois ici et 10 au Maroc. C’est respectable de créer des emplois. Sérieusement, si la France prend acte des besoins pour créer une industrie, elle sait ce qu’il faut faire.
Recueilli par Anthony JONES LE MIDI LIBRE 11/05/04