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VIVRE SANS NUCLEAIRE
Jeûne à durée indéterminée contre
la reprise du programme nucléaire civil à partir du 21 juin 2004.
Arreté au 36ième jour de Jeûne (26 juillet 2004) .
J36

Comment se passe un jeûne ?

 

Pour la clarté du sujet , nous considérerons ici le jeûne avec eau uniquement.

Avant

• Sur le plan psychologique, il est impératif d’avoir pleinement accepté l’idée d’entrer dans un tel jeûne , d’avoir "reconnu" que c’est le geste qu’il me faut faire ici et maintenant, d’avoir sondé et éclairci la valeur de ses motivations (des plus superficielles aux plus profondes).
Bref, que le combat du premier refus et du doute ait déjà été livré .
• Sur le plan physique, il est fortement conseillé, dans les semaines avant d’entreprendre le jeûne, de se sevrer de ses poisons chéris (alcool, tabac... ) ainsi que des petits stimulants (café, thé). Il est aussi recommandé dans la même période de diminuer la consommation de viande et de sucre. Tout cela afin de ne pas cumuler les chocs et malaises de plusieurs sevrages simultanés lors de l’entrée dans le jeûne.

Pendant

• Sur le plan psychologique, la première semaine s’avère généralement assez difficile, et ce pour diverses raisons :

-  Il faut apprendre à gérer l’appétit sans y répondre par la manière habituelle (notons que cette "appétence" pour les aliments s’évanouit après la première semaine).

-  Il faut aussi gérer les divers petits malaises très physiques qui accompagnent les premiers jours de jeûne et accepter le fait qu’on est en train d’entrer dans la faiblesse (c’est d’ailleurs cette faiblesse croissante qu’on offrira pour la cause qui nous motive).

-  Un jeûne nous incite souvent à se placer à l’écart dans un coin et à se replier un peu sur soi-même. Mais en l’occurrence, de par la dimension politique de ce geste, au lieu de se recroqueviller il nous faut aller vers les autres sur la place publique et prendre la parole.

-  D’une manière générale, on peut ressentir une crainte — "peur" serait trop fort — de l’inconnu face à ce nouveau geste radical et à un futur incertain (que se passera-t-il ? jusqu’où irons-nous ?).

Dans les deux prochaines semaines , en même temps que le corps, le psychisme s’installe dans son jeûne : Les journées s’avèrent égales et longues car le cycle préparation-consommation-digestion des aliments + nettoyage 2 ou 3 fois par jour n’existe plus (le repas proprement dit constituant le temps fort de ce cycle tandis que la digestion en est le temps faible). On se sent témoin de la vie normale et on est souvent épaté de voir l’énergie déployée par tous pour tout et rien. On a l’impression de marcher très légèrement sur le sol et d’être un peu désincarné. Si la décision de jeûner a été complètement assumée avant de commencer, on vit un sentiment de liberté proportionnel au don qu’on a fait de soi. On se sent comme libéré de soi-même ; ce qui ne dispense pas d’une forme d’angoisse fine et diffuse.
L’intellect devient plus pointu. Il ne connaît plus l’étourderie des jours ordinaires où l’on perd le fil qu’on doit laborieusement retrouver.
L’intellect focalise à volonté et semble développer une plus grande lucidité. (Si jamais nos raisons de jeûner n’étaient pas les meilleures qui soient, c’est là qu’on pourrait passer un mauvais quart d’heure). Parallèlement à la partie de chaise longue offerte au corps, un jeûne permet par ailleurs à un esprit tranquille et disponible de beaucoup lire et d’étudier.
Les émotions peuvent aussi s’amplifier et l’on devient plus sensible aux énergies psychiques (positives et négatives) ; d’où l’impression d’être plus vulnérable et de ne pouvoir tout recevoir (même quand on a affaire à des énergies exclusivement positives).
Entretemps, on aura eu l’occasion tout en jeûnant, de découvrir avec quels aliments on "nourrit" les liens les plus affectifs. Et ce même affectif nous jouera peut-être des tours ; jusqu’à projeter des mirages olfactifs de l’aliment préféré...
A mesure qu’avancent les semaines, il peut arriver que les nombreuses réunions et conférences de presse d’un jeûne politique commencent à peser comme autant de fardeaux sur certains jeûneurs qui ont tendance à se placer encore plus à l’écart. Il est préférable de respecter ce besoin tout en vérifiant qu’il ne relève pas d’une angoisse insoutenable ou de la panique. Car une forte angoisse peut effectivement surgir et grandir à mesure que l’on commence à puiser dans sa propre substance vitale et que l’on approche des limites de la résistance physique. Il sera alors bon de rappeler au jeûneur qu’en tout moment du jeûne — et à fortiori en ces moments cruciaux — il demeure complètement libre de choisir en toute conscience d’arrêter son action.
Une dimension particulière du jeûne politique est que l’on se sent littéralement "nourris" et comme portés à bout de bras par toutes les énergies de ceux qui soutiennent le jeûne et agissent en conséquence.

• Sur le plan physique, divers petits malaises (qui ne portent pas à conséquence) apparaissent pendant la première semaine : palpitations, nausées, étourdissements, chevilles enflées, mauvaise haleine...
Cette première semaine est rude car l’organisme, qui n’est pas encore branché sur ses propres réserves, fonctionne en dent de scie ; et donc avec de fréquents coups de pompe.
Tout au long du jeûne, les extrémités seront souvent froides et difficilement réchauffables (si possible, il est plus confortable de jeûner à la belle saison ou tout au moins d’avoir accès à une pièce bien chauffée). Signalons aussi qu’il est important, tout en restant à l’écoute de son corps, d’être suivi par un ou des médecins qui, sans traiter les jeûneurs comme des cobayes, pourront recommander, s’il y a lieu, l’hospitalisation et prévenir les médias de la gravité de la situation.

Après la première semaine, tout le système digestif s’endort et les malaises des premiers jours s’évanouissent d’eux-mêmes. On entre dans une période calme qui pourra s’étendre sur deux à trois semaines. On perd près de un kilo par deux jours ( ou un peu moins si on est mince ; mais on a aussi moins de marge) et l’on voit rapidement fondre ses muscles. Les graisses les mieux stockées (ventre, fesses) ne seront sollicitées qu’après coup. Les principaux problèmes sont maintenant la déshydratation et la faiblesse. Même si on essaie de beaucoup boire (quelques litres par jour si possible), on semble perdre, avec les kilos, plus d’eau qu’on en absorbe. De plus, l’eau vous lasse et l’on doit se forcer à boire. Précisons ici qu’il est important d’avoir accès à une eau de bonne qualité (de source ou même minérale, en autant qu’on en varie).
La faiblesse générale du jeûneur lui donne par ailleurs l’impression d’avoir soudainement un très grand âge ; il compte les marches à grimper pour se rendre à la douche et est découragé par le moindre effort physique. Même jouer d’un instrument de musique peut s’avérer être trop fatigant. Lire et écouter de la musique sont par contre d’excellentes activités pour un jeûneur.

Un grand jeûne (quand il n’y a pas de contre-indication : grossesse, diabète, problème cardiaque...) constitue dans les premières semaines une formidable cure de désintoxication et est donc bénéfique pour la santé. Il peut arriver par exemple que les couleurs soient tout à coup plus vives à l’œil. Comme si tous les organes l’un après l’autre, étaient nettoyés de leurs poches d’encrassement. D’une manière générale, nous pouvons avancer que les Occidentaux normalement constitués et surnourris du Nord peuvent facilement jeûner trois à quatre semaines sans aucun problème particulier pour la santé. Ils en tireront plutôt de nombreux bienfaits.

Entre 30 et 40 jours, par contre, la situation devient plus délicate. Les réserves s’épuisent et l’on commence à puiser à même sa propre substance.
A partir de 40-45 jours, certains organes (reins, oeil, cœur) se fragilisent et l’on accumule les risques de séquelles irréversibles.
La mort peut survenir à partir de 60-70 jours.

Après

• Sur le plan psychologique, le moment où l’on rompt le jeûne constitue une véritable "eucharistie", en ce sens que l’on sent très profondément combien est sacré le lien à l’aliment. De plus, chaque gorgée du premier jus de fruit ou de légume dégusté procure un délice intense qui tient presque du délire.
Tandis que pendant le jeûne, on se sentait porté par l’énergie de tous, dès après la fin du jeûne, on a l’impression d’être en chute libre car les personnes qui ont tant donné pour le jeûne et la cause, peuvent enfin reprendre le cours normal de leur vie.
Dans cette période transitoire où on se nourrit uniquement de liquides nutritifs (jus et eau de riz), les énergies commencent à revenir mais elles sont trop ténues pour permettre l’activité physique. Le psychisme s’agite et on se sent emporté dans un tourbillon de bouillants projets qu’on ne peut encore commencer à concrétiser. Une sorte d’impatience fébrile nous gagne qui voudrait reprendre le temps perdu et mordre dans la vie avec une énergie régénérée. Il importe de se calmer un peu, d’être doux envers soi-même en s’offrant le temps précieux d’une re-nutrition lente et progressive.
Une grande satisfaction accompagnera bientôt la capacité retrouvée de vaquer à diverses activités physiques.

• Sur le plan physique, l’après-jeûne immédiat est un moment crucial à ne pas gâcher. Sortir d’un long jeûne est aussi difficile que d’y entrer.
Le système digestif s’est habitué à la fainéantise totale et il proteste volontiers quand on le remet au boulot. Chacun devra en tâtonnant trouver le plan de re-nutrition qui lui convient le mieux. Mais la règle d’or, c’est de prendre son temps. Idéalement, il est dit qu’on devrait prendre autant de temps pour se réalimenter qu’on en a pris pour jeûner. Si déjà vous parvenez à tenir votre plan de re-nutrition la moitié du temps jeûné, bravo ! car la tentation est grande de brûler les étapes... au péril de sa santé.
En règle générale, tenez-vous en aux liquides nutritifs pendant plusieurs jours. (Ex : cuire du riz complet dans dix fois son volume d’eau et ne boire que le bouillon) Après X jours, on commence aussi à absorber du riz avec le bouillon. Ensuite il faut choisir des aliments fibreux mais légers. Le pain, dans les premiers jours, est trop lourd et peut bloquer l’estomac. Par contre, les verdures fraîches provoquent facilement des diarrhées. Crème de riz, crêpes de sarrasin à l’eau peuvent par exemple convenir comme aliments fibreux mais légers.
On reprend du poids assez rapidement par réhydratation et reminéralisation, mais il faudra des semaines avant que les muscles se reforment. Il faut se ménager et respecter ses limites. Dans l’année qui suit, on retrouvera plus ou moins sa forme habituelle (poids) ... si on reprend le même régime alimentaire qu’avant le jeûne.

jeudi 8 avril 2004.