VIVRE SANS NUCLEAIRE
Jeûne à durée indéterminée contre
la reprise du programme nucléaire civil à partir du 21 juin 2004.
Arreté au 36ième jour de Jeûne (26 juillet 2004) .
J36

énergies renouvelables : blocages étatiques

 

Didier Lenoir, promoteur des énergies renouvelables, dénonce les blocages étatiques : « EDF-GDF est devenu un Etat dans l’Etat »

Didier Lenoir est président du Comité de liaison des énergies renouvelables, une association qui rassemble de nombreux acteurs de la filière. Il s’insurge contre les freins apposés au développement des sources d’énergie « vertes ».

Que pensez-vous du texte de loi sur l’énergie qui sera voté mardi ?

Il ne changera rien. L’Etat a été absent des questions énergétiques depuis 1986. Les sociétés nationales comme EDF-GDF en ont profité pour devenir des Etats dans l’Etat, employant tous les moyens pour empêcher le développement de sources d’énergie qu’elles ne contrôleraient pas. Avec cette loi, le gouvernement avait deux objectifs : construire le réacteur EPR et changer le statut d’EDF-GDF. Résultat, la politique énergétique de la France se définit dans des discussions avec des syndicats. Le reste n’est qu’un discours associé à des mesures très secondaires.

En quoi les énergies renouvelables se voient-elles barrer la route ?

Un exemple. A Fresnes (Val-de-Marne), quand il a été question de raccorder la prison au réseau de chaleur géothermique, les commerciaux de Gaz de France ont tout fait pour empêcher le projet. Allant jusqu’à proposer d’aider la mairie à développer l’un de ses parcs d’activités. Il a fallu cinq ans de bataille, et la menace du maire de raconter son histoire à ses 36 000 collègues pour que le projet aboutisse. Quand un client envisage de mettre un chauffe-eau solaire, on vient lui conseiller le gaz ou un ballon électrique. Parfois, des utilisateurs de géothermie sont démarchés pour passer au gaz naturel, qui rejette des gaz à effet de serre ! On ne compte plus les opérations de développement d’énergies renouvelables, aidées par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, qui ont capoté à cause de propositions commerciales d’EDF-GDF.

Que faudrait-il changer ?

D’abord, modifier les conditions de raccordement au réseau électrique. EDF choisit le calendrier et fixe le prix dans une opacité totale. Un particulier, une entreprise ou une collectivité ne peuvent pas faire jouer la concurrence. Résultat, on atteint des coûts invraisemblables, bien plus élevés qu’à l’étranger. Pour une installation d’électricité solaire, le coût de raccordement au réseau varie, suivant les projets, dans une fourchette de un à cinq...

Il faut redonner le pouvoir aux collectivités. Les énergies renouvelables sont des énergies locales. Ce ne sont ni l’Etat ni les entreprises nationales qui pourront les développer. Leurs employés croient sincèrement représenter le service public. Ils ne pratiquent pas la machination ; leur comportement relève de l’ignorance. Il faut penser et agir autrement. Pourquoi faut-il entre deux et quatre ans pour qu’un agriculteur parvienne à construire une éolienne dans son champ ?

Les obstacles aux énergies renouvelables ne seraient donc pas économiques ?

Ni économiques, ni techniques. Le principal obstacle est l’organisation des pouvoirs et des modes de prise de décision sur l’énergie. L’arrivée de la concurrence ne changera rien, du moins à court terme. Les géants vont se ruer pour s’assurer un maximum de parts de marché. Le problème des énergies renouvelables ne sera pas de se développer, mais de survivre.

Par Denis DELBECQ Libération samedi 29 mai 2004

jeudi 3 juin 2004.